Les 10 plus beaux morceaux de Beethoven à jouer au piano

Écrit par
Antonin Scherrer
A propos de l'auteur
Né à Vevey en 1976, Antonin Scherrer est écrivain et chroniqueur musical. Conservateur du Musée Paderewski de Morges depuis 2016, producteur d'émissions musicales sur RTS-Espace 2 et enseignant à la Haute école de musique de Lausanne, il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages sur la musique, parmi lesquels des monographies consacrées au fondateur de l’Orchestre de Chambre de Lausanne Victor Desarzens (L’Aire 2008), aux compositeurs Raffaele d'Alessandro (Papillon 2009), Jean Perrin (Infolio 2013) et Samuel Ducommun (Infolio 2014), à l'Ensemble vocal de Lausanne (Favre 2011), au Conservatoire de Lausanne (Infolio 2011), au Conservatoire Montreux-Vevey-Riviera (Infolio 2015), à l'Orchestre de Chambre de Lausanne (2017), au pianiste Paul Badura-Skoda (Bibliothèque des Arts 2014) et aux violonistes Pierre Amoyal (Bibliothèque des Arts 2014), Emile de Ribaupierre (Infolio 2015) et André de Ribaupierre (Infolio 2017).
Date de publication
28/04/2021
Afficher/masquer les détails

Les 10 plus beaux morceaux de Beethoven à jouer au piano

A l’occasion de l’anniversaire de la naissance de Ludwig Van Beethoven, nous vous proposons de découvrir dix de ses plus beaux morceaux originaux pour piano ou arrangés par Tomplay pour les pianistes de tous niveaux. Nous avons inclus pour chaque morceau le lien vers la partition.

 

1. Symphonie n° 7 en la majeur, Opus 92 - II. Allegretto

▶️️️ Jouez la Symphonie n° 7 en la majeur, Opus 92 - II. Allegretto de Beethoven arrangée pour piano solo au niveau facile, intermédiaire et difficile (arrangement F. Liszt)

▶️️️️ Jouez la Symphonie n° 7 en la majeur, Opus 92 - II. Allegretto de Beethoven au piano niveau facile, intermédiaire et difficile, accompagné par l’orchestre

Même si la plupart des pages de Beethoven sont des tubes, certaines sont encore plus… «tubesques» que les autres! C'est le cas de l'Allegretto de sa Septième symphonie, à l'avancée littéralement irrésistible – un tapis en forme de marche funèbre qui se déroule, se déploie, et enrobe tout dans une étrange volupté. L'œuvre voit le jour à l'été 1811. Sur recommandation de ses médecins, Beethoven est en cure à Teplitz, en Bohème. Il y rencontre successivement Rahel Levin et surtout Amalie Sebald, deux femmes qui contribueront à troubler son existence amoureuse – deux de plus…! De retour à Vienne, il se met à l'écriture de cette Septième symphonie. Le point final est apposé au bas du manuscrit le 13 mai 1812. À l'été, Beethoven retrouve Teplitz; il y rencontre Goethe. En dépit de son deuxième mouvement, l'œuvre est d'un grand optimisme, elle dégage un fort élan de liberté, alors même que les princes allemands et autrichiens se soumettent à Napoléon 1er. Elle est créée le 8 décembre 1813 sous la direction de Beethoven et très vite acclamée dans toute l'Europe – n'en déplaise à Carl Maria von Weber qui y voit l'œuvre d'un dément. En raison du rythme frénétique de son finale, Richard Wagner la qualifiera plus tard d’«apothéose de la danse». Faites-vous l'interprète de cet Allegretto en forme de marche funèbre, soit seul au piano, soit avec accompagnement d'orchestre.

2. Sonate n° 8 en do mineur 'Pathétique', Opus 13 - II. Adagio cantabile

▶️️️️ Jouez la Sonate n° 8 en do mineur 'Pathétique', Opus 13 - II. Adagio cantabile de Beethoven arrangée pour piano solo au niveau facile, intermédiaire et difficile (version originale)

1798. Le 18e siècle vit ses dernières heures, et le classicisme avec lui. Héritier naturel de Haydn et de Mozart, le jeune Beethoven s'émancipe petit à petit de la «tutelle» de ses maîtres pour assumer sa voix propre: il ne sait pas encore qu'il pose là les premières pierres d'un gigantesque édifice que l'on nommera «Romantisme». Baptisée (en français) «Grande Sonate pathétique», la Sonate n° 8 participe pleinement de ce mouvement, avec un Rondo final qui sort littéralement des gonds de la tradition. Marchez sur les traces des plus grands interprètes en interprétant cette «Pathétique» soit dans sa version originale, soit dans des arrangements spécialement réalisés pour les pianistes débutants.

3. Concerto n° 5 en mi bémol majeur, Op. 73 'Empereur' – II. Adagio un poco moto

▶️️️️️ Jouez le Concerto n° 5 en mi bémol majeur, Op. 73 'Empereur' – II. Adagio un poco moto de Beethoven arrangé pour piano au niveau facile et intermédiaire, accompagné par l’orchestre.

«Si j'étais général et en savais autant sur la stratégie que j'en connais sur le contrepoint, je vous en donnerais pour votre argent!» Cette phrase qu'aurait lancée Beethoven dans un café à un officier français de l'armée d'occupation, en dit long sur la rancœur du compositeur face à l'idole Bonaparte, fer de lance de la Révolution des peuples devenu tyran sanguinaire et bourreau des Viennois en cette sombre année 1809. Son cinquième et ultime concerto pour piano porte les stigmates de cette actualité tragique, qui voit Beethoven contraint d'interrompre régulièrement son travail en raison des bombardements de la capitale impériale par les armées napoléoniennes. À la lumière de cette brutale désillusion, baptiser ce concerto «L'Empereur» devient grotesque; Beethoven a d'ailleurs confié à son éditeur qu'il n'admettait qu'un seul titre: «Grand concerto dédié à son Altesse impériale l'Archiduc Rodolphe» (son élève et mécène). Laissez-vous emporter par la ligne irrésistible de son mouvement lent – peut-être le plus beau jamais composé – en vous accompagnant d'un plein orchestre symphonique et d'une partition défilant automatiquement sur votre écran, ceci dans toute une gradation de difficultés techniques.

4. Lettre à Elise

▶️️️️️ Jouez la partition originale de la Lettre à Elise de Beethoven pour piano seul.

Elise (Barensfeld)? Thérèse (de Brunswick ou Malfatti)? Elisabeth (Röckel)? La destinataire de cette célèbre «Lettre à Elise» demeure mystérieuse. Comme la date exacte de sa composition, le manuscrit original ayant disparu. On parle généralement de 1810. Une œuvre toute simple, «de peu d'importance» – c'est ainsi que l'on définit communément une bagatelle… une amourette! D'un charme élégiaque annonçant Chopin dans sa première section, elle fait demi-tour dans la seconde en lorgnant vers Mozart et l'époque galante sur une basse caractéristique d'Alberti. Nous vous offrons l'opportunité de la jouer exactement telle qu'elle a été écrite (et non dans l'un des innombrables arrangements qui «polluent» la toile), et ce… jusqu'au bout de l'œuvre!

5. Sonate n° 14 en do dièse mineur 'Clair de Lune', Op. 27 n° 2 – I. Adagio sostenuto

▶️️️️ Jouez la partition originale de la Sonate n° 14 en do dièse mineur 'Clair de Lune', Op. 27 n° 2 – I. Adagio sostenuto de Beethoven pour piano seul.

À l'origine de cette «Sonate au clair de lune»: l'amour. Un amour brûlant pour la comtesse Giulietta Guicciardi, une jeune élève de 16 ans, qu'il se met en tête d'épouser malgré l'importante différence d'âge – nous sommes en 1800, Beethoven a 30 ans. Les premières attaques de la surdité sont encore fraîches, et le musicien peine pour l’heure à accuser le coup. Le célèbre «Testament de Heiligenstadt» est encore devant lui (été 1802), mais il sent déjà que ce sera de la création artistique que viendra son salut de vivant. Quelle n’est toutefois pas sa rage lorsqu’au lieu d’une brèche vers la concrétisation de cet amour, il reçoit en cadeau de la mère de sa bien-aimée une bourse remplie d’argent – façon évidente à ses yeux de lui rappeler son rang de simple «serviteur». Faisant fi des règles les plus élémentaires de bonne conduite, il répond à la grande dame avec des mots d’une rare violence, et même s’il a tiré un trait définitif sur sa relation, dédie peu de temps après sa Sonate en ut dièse mineur à Giulietta – façon déguisée de se venger en signifiant aux aristocrates italiens la complète liberté de son esprit. Le qualificatif de «Sonate au clair de lune», quant à lui, est – comme bien souvent – totalement étranger à Beethoven. Il faut avouer toutefois qu'il reflète particulièrement bien les résonances graves et sombres de la basse accompagnant la mélodie tout au long du morceau dans une somptueuse mais triste solennité. Plongez à votre tour dans l'univers fascinant de la nuit…

6. Symphonie n° 6 – Pastorale

▶️️️ Jouez la Symphonie n°6 – Pastorale de Beethoven arrangé pour piano seul au niveau facile et intermédiaire/difficile.

Comme plusieurs de ses œuvres, la Sixième Symphonie est l’objet d’un malentendu historique, à qui Beethoven a lui-même tenté de tordre le cou de son vivant… en vain! Avec son sous-titre de «Souvenir de la vie à la campagne», inscrit sur la partition de 1826, et les descriptions très précises qui accompagnent chaque mouvement, il est très tentant, en effet, de voir en elle une œuvre à vocation essentiellement descriptive, comme en écriront Liszt ou Richard Strauss plus tard. Mais c’est alors passer à côté de l’essence même de la partition, ainsi qu’en témoigne Beethoven. «On laisse à l’auditeur le soin de trouver la situation, écrit-il. Toute peinture, dès qu’elle est poussée trop loin dans la musique instrumentale, est perdante.» En cette fin de symphonie, on sait ainsi que la pluie et les éclairs (en fa mineur) ont fait place au «chant des pâtres, sentiments de contentement et de reconnaissance après l'orage»: tout le reste n'est que le fruit de notre imagination… Titillez vous-même cette imagination en donnant vie sur le clavier de votre piano à cet adorable final, dans le niveau de difficulté qui vous convient.

7. Sonate n° 17 en ré mineur 'La Tempête', Opus 31 – III. Allegretto

▶️️️️️ Jouez la partition originale de la Sonate n° 17 en ré mineur 'La Tempête', Opus 31 – III. Allegretto de Beethoven pour piano seul.

On a beaucoup écrit sur les liens entre la Sonate pour piano op. 31 n° 2 de Beethoven et la pièce de théâtre «La Tempête» de Shakespeare. Programme? Ce que l'on peut dire, c'est que si le musicien a bien été en contact avec elle, «l'idée poétique» contenue dans la pièce a dû faire l'effet chez lui d'un puissant catalyseur. Les traductions musicales possibles du gros temps mais aussi de la mélancolie qui planent sur «l'île enchantée» de l'écrivain anglais sont ensuite infinies. Cette inspiration «programmatique» fait de la Sonate une sœur non seulement de la «Pastorale», mais aussi de la Sonate «Les Adieux» et de la Neuvième Symphonie. Sa construction formelle servira de base essentielle au développement du genre du poème symphonique. Nous vous proposons de vous saisir vous-même du gouvernail de son Allegretto final, qui donne l'impression en l'écoutant d'un bateau qui naviguerait sur une mer houleuse…

8. Symphonie n° 9, Opus 125 - IV. Final : Ode à la joie

▶️️️️️ Jouez la Symphonie n° 9, Opus 125 - IV. Final : Ode à la joie de Beethoven arrangée pour débutant ou pour piano à quatre mains.

S'il ne fallait en citer qu'une, c'est sans doute celle-ci: la neuvième et dernière symphonie, avec son feu d'artifice choral inspiré de l'Ode à la Joie de Schiller, des mots qui lui trottent dans la tête depuis plus de trente ans. Une musique pour proclamer la victoire de la joie et de la fraternité sur le désespoir: quel plus beau thème pour ce défenseur invétéré de l'humanité? «Freude, Freude…» – «Joie, joie…»: joie universelle, qui accompagnait hier les kamikazes japonais dans leur ultime baroud d'honneur et qui habille aujourd'hui les rêves fédéralistes de l'Europe unie. Un moment au clavier en toute simplicité.

9. Sonate n° 21 en do majeur 'Waldstein', Opus 53 – III. Rondo: Allegretto moderato – Prestissimo

▶️️️️️️ Jouez la partition originale de la Sonate n° 21 en do majeur 'Waldstein', Opus 53 – III. Rondo: Allegretto moderato – Prestissimo de Beethoven pour piano seul.

Les amateurs de cinéma associent aujourd'hui son magnifique Rondo aux étendues romantiques de l'Angleterre du 19e siècle si bien dessinées par le film «Pride and Prejudice». La Sonate «Waldstein» a été composée d'un seul jet, entre décembre 1803 et janvier 1804, une période durant laquelle Beethoven manifeste un intérêt tout particulier à repousser les limites techniques du piano. Contrairement au sous-titre «Appassionata» de la Sonate op. 57 – à mettre sur le compte (comme bien souvent) de l’imagination romantisante des éditeurs – la dédicace au comte Ferdinand von Waldstein est ici avérée. Waldstein est le premier mécène de Beethoven à Bonn et l'auteur de ces mots célèbres, écrits au moment de son départ pour Vienne en 1792: «Par une application incessante, recevez des mains de Haydn l’esprit de Mozart.» Installez-vous au piano et séduisez votre entourage avec son Rondo.

10. Sonate n° 23 en fa mineur 'Appassionata', Opus 57 - II. Andante con moto

▶️️️️️ Jouez la partition originale de la Sonate n° 23 en fa mineur 'Appassionata', Opus 57 - II. Andante con moto de Beethoven pour piano seul.

Il y a le «Clair de lune», le mouvement lent du Cinquième concerto… et l'Andante de la Sonate «Appassionata»! Un Andante «con moto», c'est-à-dire «avec mouvement», qui avance tout en faisant jaillir les émotions les plus vibrantes… «Un torrent de feu dans un lit de granit», comme l'écrit si bien Romain Rolland. Elle est achevée en 1805, à l’époque où Beethoven travaillait sur «Fidelio». Au-delà d’une recherche toujours plus poussée sur la forme, elle incarne la volonté du compositeur de «constituer, au moyen de nouvelles solutions musicales, les dimensions propres à l’homme dans le devenir qu’il lui souhaite: l’espace, le temps, le conflit, la faculté de penser sa condition» (Elisabeth Brisson). Une sorte de manifeste humaniste, invitant l’ensemble de ses congénères – et en première ligne ceux qui subissent directement le joug d’un pouvoir – à se libérer par leur imagination propre de leur carcan terrestre d’esclave. Revêtez à votre tour l'habit des grands romantiques pour atteindre l'un des sommets de la littérature pour piano.

Ajouter un commentaire...

Nous utilisons des cookies sur ce site pour assurer le meilleur service possible. En continuant à naviguer sur notre site, vous acceptez notre politique de confidentialité.